Le secret du bananier

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Vous avez pu le constater, je suis une fan du Japon et particulièrement des étoffes traditionnelles conçues par des maîtres eux-mêmes dénommés trésor national vivant au pays du soleil levant. S'il est possible de concevoir un textile à partir de fibre marine comme le byssus, de soie, de coton, de lin ou de ramie (ortie), il est aussi possible de le faire avec la fibre d'un bananier et c'est la spécialité singulière et unique de l'archipel d'Okinawa.

Le procédé

L'archipel d'Okinawa à l'extrême sud du pays est une terre tropicale où pousse librement une sorte de bananier le Musa Ryukyuensis qui produit une fibre capable de faire une étoffe légère, indispensable au climat humide de la région. Le Basho-fu qui veut dire basho = bananier, fu = étoffe, était à l'époque médiévale un kimono de travail utilisé par toutes les couches sociales de l'île.  

carte okinawa

Procédé datant du 13 ième siècle, il ne faut pas moins de 23 étapes, toutes réalisées à la main, pour fabriquer un Basho-fu, le tissage à proprement parler ne représente que 1% de l'ensemble du processus. Cela commence par la culture du bananier, ce qui prend plusieurs années. Il faut ensuite couper les sommets trois à quatre fois par an seulement entre mars et septembre pour ramollir les fibres.  A l'automne, on commence la fabrication du fil. Les troncs de trois ans sont divisés en tiges , elles-mêmes bouillies pour être débarrassées de toutes impuretés puis nettoyées une à une en les faisant passer entre un bambou et une spatule. Les fibres sont ensuite torsadées pour les rendre plus longues puis teintes à la main en utilisant des bulbes et des tubercules. On passe au tissage puis on lave le tissu à l'eau de mer pour en fixer les couleurs. 

Aujourd'hui la production annuelle est confidentielle tant le processus est long et fastidieux, ce qui fait du Basho-fu un kimono valant plusieurs millions de yens. 

Le Basho-fu revival

L'année passée j'ai eu l'occasion de découvrir une série d'émissions sur Arte : Au fil du monde, un voyage à la découverte des diverses techniques de fabrication de vêtements. Une de ses émissions était consacrée au maître Akiko qui sur l'île d'Iriomote tisse la fibre de bananier et teint les tissus avec les plantes de son jardin ou de la forêt. Elle a travaillé pour les grands noms de la mode comme Issey Miyake et conçoit des collections avec des stylistes japonaises.

A 78 ans elle vit et travaille sur cette petite île, la plus septentrionale de l'archipel avec son mari Kinsei qui prélève dans la forêt primaire tous les ingrédients qui permettent à Akiko de produire des étoffes jaunes, rouges ou bleus indigo extraordinaires.

Elle vit simplement, en accord avec les éléments, en harmonie avec une nature difficile et communique avec les hommes et les dieux dans le silence de sa création...

Pour voir ou revoir le documentaire, je vous propose de suivre ce lien : https://www.dailymotion.com/video/x68bnc0

Et si vous avez une envie de Tissu au mètre, la collection Jardin Japonais de Makower comblera votre envie sur www.cotonlin.com